Faut-il donner le nom de Crucita à une rue de Rochefort ?

Dans la ville-arsenal, Pierre Loti est partout. Sur les murs, dans les librairies, dans les squares. Partout. Les listes d’attente s’allongent pour visiter sa maison restaurée dans la rue qui porte son nom. De conférences en expositions, on se prosterne devant le petit prince du roman français orientaliste.
Mais de Cruz Gainza, dite Crucita, peu d’évocations. (1)
Les conditions de l’arrivée à Rochefort le 1er septembre 1894 de cette jeune femme, font encore débat. Exil volontaire ? À quelles conditions ?
Pendant 38 ans, elle a vécu en toute discrétion et donnera naissance aux trois enfants Viaud, des garçons, dans une modeste maison de faubourg qu’on a détruite en mai dernier pour créer un nouvel espace urbain.
« Elle accomplira son contrat comme elle s’y est engagée, en élevant dans la basquité et les valeurs de son milieu d’origine les enfants issus de son `mariage’ avec Loti » écrit le Dr Durruty, conseil de l’écrivain. (2)
Alors, cachez ce sein basque que je ne saurais voir ?
Alain Quella-Villeger, grand spécialiste charentais de la vie et de l’œuvre du marin-dandy, ne l’a pas oubliée dans ses travaux. Mais il n’a pas réussi à sortir de l’ombre la dame brune venue du quartier Santiago d’Hendaye.
Sans doute, en partie, Crucita est elle-même responsable de l’obscurité qui l’enveloppe pour « ne pas exposer ses parents à l’opprobre devant sa vie dans le péché ».
Au printemps dernier, un collectif rochefortais organisait une série de manifestations baptisée « Bienvenue Crucita » pour lever le voile pudique sur l’histoire basquaise de Loti qui se cachait derrière les volets de la rue Pasteur ! Cette manifestation culturelle avait de nombreux détracteurs, jusque dans les rangs du Conseil Municipal : être femme de…, est-ce suffisant pour être honorée ? (3)
Crucita quitta Rochefort en 1932 pour Biarritz où elle décèdera en 1949.
Par l’échauguette, on attend avec gourmandise les prochaines délibérations de la commission de toponymie qui propose des noms pour les nouvelles rues de Rochefort.
(1) Lire l’article de Roger Tessier « la famille basque de Pierre Loti de 1894 à 1926 », Roccafotis n° 75 du 16/09/1995
(2) Lettre d’Étienne Durruty à Pierre Loti le 20/12/1893
(3) Sud Ouest du 11/04/2025
Que deviennent les canons de la Vacherie?
Une trentaine de vieux fuĢts de canons sauveĢs du pillage eĢtaient stockeĢs depuis un temps indeĢtermineĢ dans un terrain vague au lieu-dit « la Vacherie » entre le quartier LibeĢration et le port de commerce. La parcelle concerneĢe sera prochainement utiliseĢe pour la modernisation et l’extension de la deĢchetterie.
Ces canons qui gisaient sur les bords de Charente apreĢs la fermeture de l’Arsenal en 1927, ont eĢteĢ rassembleĢs dans cet enclos. Certains, sept ou huit, ont eĢteĢ utiliseĢs dans le reĢcent ameĢnagement du Quai aux Vivres sur le port de plaisance.
D’apreĢs un inventaire effectueĢ il y a une dizaine d’anneĢes par l’ARCEF (une association pour la Sauvegarde du Patrimoine en Pays Rochefortais), ces canons en fonte de fer, souvent rebuteĢs pour des raisons diverses, peuvent eĢtre dateĢs du XVIIIe sieĢcle ou tout deĢbut du XIXe. MeĢme s’ils n’ont pas eĢteĢ fabriqueĢs aĢ Rochefort, ils font partie du patrimoine maritime local. Ils meĢritent d’eĢtre conserveĢs dans un lieu seĢcuriseĢ, pour eĢtre un jour eĢtudieĢs et valoriseĢs.
Lire Roccafortis n° 68, en 2021, "La cordelle aĢ Rochefort, des origines aĢ 1843 » par Philippe Duprat
Tirage speĢcial de la SGR : « Les Fonderies de Rochefort » (Duprat, Deludin, Maurel) qui retrace son histoire. Le site industriel aujourd’hui reĢhabiliteĢ accueille, notamment, le sieĢge national de la Ligue pour la Protection des Oiseaux
Cherchez le parcours mémoriel du bagne de Rochefort !
Sur le chemin qui longe la Charente, de la porte du Soleil au pont transbordeur, on aperçoit le magasin général, un bâtiment en U construit fin XVIIe siècle, qui faisait partie des premières constructions de l’Arsenal. La belle façade tournée vers le fleuve a disparu et a laissé la place à une vaste cour aménagée en espace vert. Depuis le début du mois de novembre, c’est dans cette cour que des panneaux descriptifs en français et en anglais peu visibles avec photos et plans ont été disposés pour rappeler l’existence du bagne qui se trouvait précisément derrière.
La Société de Géographie de Rochefort se réjouit de la mise en place de ce parcours mémoriel qui rappelle une page d’histoire de notre cité souvent négligée. En effet, nous avons été sollicités par le service du patrimoine de Rochefort pour participer à la rédaction des contenus :
« Le bagne de Rochefort était réputé terrible. Sa « légende noire » a été construite au XIXe siècle ….Implanté à Rochefort en 1766 après Toulon et Brest, le bagne charentais ferma le premier en 1852. Sa chiourme a toujours compté trois fois moins de forçats que les deux autres (entre 1000 et 2000) … Il n’en subsiste plus aucune trace dans l’ancien arsenal, alors que ses bâtiments étaient encore bien repérables après la Seconde Guerre mondiale. »
Nous regrettons cependant que le promeneur ne soit pas attiré vers le site par une signalétique accessible depuis le chemin piétonnier, au risque de passer à côté d’un chapitre majeur de la vie de notre cité.
Rappel : La brochure « Le bagne de Rochefort, de 1766 à 1852 » que nous avons éditée en septembre 2019, est toujours en vente au prix de 15€.
Nous avons constaté que nos pages sont fréquemment consultées par des visiteurs lointains et nous les remercions. C’est en particulier à leur attention que nous ouvrons une nouvelle fenêtre sur la page d’accueil de notre site.