Le marais de Brouage, grand site de France ?
Il suffit de transporter l’Échauguette sur la Tour de Broue pour comprendre la géographie du lieu. Plus bas, alors que se dessine en arc de cercle le trait de côte de l’ancien golfe de Saintonge, les vertes prairies du marais de Brouage s’étalent sur 11000 ha entre l’estuaire de la Seudre et celui de la Charente. Plus loin, droit devant, on distingue les fortifications de Brouage. Ici, la mer s’est retirée pour laisser aux hommes un patrimoine de grande valeur environnementale. 1600 km de canaux et de fossés serpentent et découpent la plaine. Hier, aux temps lointains, les premiers occupants peu nombreux ont laissé des traces de leurs activités que les archéologues tentent patiemment de dévoiler (1). Le sel puis l’élevage. Aujourd’hui, 24000 personnes vivent dans un habitat dispersé. Comme toutes les zones humides, le marais reste un milieu fragile menacé par la banalisation des paysages et le réchauffement climatique.
Pour le protéger, les élus des deux communautés de communes concernées, Bassin de Marennes et Rochefort-Océan, ont engagé une opération pour l’inscription du marais au label Grands Sites de France. Après la validation des autorités régionales, l’heure est maintenant à la construction d’un projet pour obtenir le précieux label national. Ils ont 6 ans pour rendre leur copie. Ça tombe bien, c’est exactement la durée d’un mandat municipal ! Alors, on se dit rendez-vous en 2032 ?
1- La Société de Géographie participe au chantier de fouilles de la tour de Broue
Photo @SGR : le marais vu des remparts de Brouage.

L’appel des profondeurs
Dans l’Échauguette, on le sait bien, en toute chose il y a un dessus et un dessous.
À Rochefort, toutes les histoires de navigation ne s’écrivent pas seulement sur la ligne de flottaison. L’histoire du sous-marin « le Plongeur » refait surface cette année à l’occasion de l’anniversaire de la création de la Marine française. 400 ans et un certain Richelieu. Colbert avait sept ans.
Le musée de la Marine installé dans l’hôtel des Cheusses près de la porte de l’Arsenal prépare une exposition commémorative qui mettra notamment à l’honneur le premier sous-marin français, construit ici entre 1860 et 1863. Avec sa coque en acier riveté, il surclassa tous les autres submersibles existants. Le gouvernement impérial en chapeau haut de forme et barbichette en commanda un modèle réduit pour l’exposition universelle de 1867. Et on raconte que Jules Vernes s’est inspiré du Plongeur pour le Nautilus de son roman « vingt mille lieues sous les mers ».
Hélas, le prototype n’a pas résisté à l’expérimentation. D’un point de vue opérationnel, le Plongeur n’a pas atteint ses objectifs. Archimède était, alors, encore trop fort ! Et le Plongeur a été transformé en citerne automotrice. Mais il a ouvert une voie qui a bien débuté à Rochefort. Il marque les débuts de la force sous-marine militaire française. La Société de Géographie toujours à l’avant-garde du savoir, a réédité (1) en 2010 le travail de recherche de Luc Fournier exposé le 26 mai 1997. La brochure est consultable à la Vieille Paroisse.
(1) Publication conjointe avec le Comité Rochefortais de Documentation Historique de la Marine
Photo @SGR
Maquette du plongeur exposée au Musée National de la Marine
L’échauguette de mars surveille la montée des eaux dans les marais qui entourent Rochefort. Les intempéries hivernales ont mis la Charente en colère. Et on se dit que la terre, la mer et le ciel conjuguent inexorablement le conflit climatique dans les zones terrestres humides, théâtre de cet affrontement. Les habitants que nous sommes en sont les témoins ici et partout dans le monde.
Ramsar est une ville iranienne au bord de la mer Caspienne. C’est là où a été signée le 2 février 1971, la convention relative aux zones humides d’importance internationale. Elle a donné son nom à un dispositif mondial qui accompagne les acteurs locaux et coordonne les politiques publiques pour la protection des zones humides qu’elle a identifiées.
Si l’échauguette s’intéresse à Ramsar, c’est parce que le siège de la représentation française est à Rochefort, dans un étroit bureau que la Ligue de Protection des Oiseaux lui concède.
En région Nouvelle-Aquitaine, plusieurs sites ont obtenu le précieux label qui reste cependant dérisoire devant l’appétit mercantile des puissants : le Marais poitevin, le Marais d’Orx dans les Landes, le delta de la Leyre dans le bassin d’Arcachon et le Fier d’Ars-en-Ré en Charente-Maritime, un lieu exceptionnel pour la migration des oiseaux (voir photo). En France, il existe 55 sites Ramsar.
L’année 2026 marque les 50 ans de la loi de protection de la Nature. Pendant tout le mois de février, de nombreuses associations et collectivités ont proposé des activités pour (re)découvrir l’importance de protéger ces lieux sensibles si nécessaires à l’équilibre écologique.
photo @Patrick Deludin : le fier d’Ars-en-Ré
Faut-il donner le nom de Crucita à une rue de Rochefort ?

Dans la ville-arsenal, Pierre Loti est partout. Sur les murs, dans les librairies, dans les squares. Partout. Les listes d’attente s’allongent pour visiter sa maison restaurée dans la rue qui porte son nom. De conférences en expositions, on se prosterne devant le petit prince du roman français orientaliste.
Mais de Cruz Gainza, dite Crucita, peu d’évocations. (1)
Les conditions de l’arrivée à Rochefort le 1er septembre 1894 de cette jeune femme, font encore débat. Exil volontaire ? À quelles conditions ?
Pendant 38 ans, elle a vécu en toute discrétion et donnera naissance aux trois enfants Viaud, des garçons, dans une modeste maison de faubourg qu’on a détruite en mai dernier pour créer un nouvel espace urbain.
« Elle accomplira son contrat comme elle s’y est engagée, en élevant dans la basquité et les valeurs de son milieu d’origine les enfants issus de son `mariage’ avec Loti » écrit le Dr Durruty, conseil de l’écrivain. (2)
Alors, cachez ce sein basque que je ne saurais voir ?
Alain Quella-Villeger, grand spécialiste charentais de la vie et de l’œuvre du marin-dandy, ne l’a pas oubliée dans ses travaux. Mais il n’a pas réussi à sortir de l’ombre la dame brune venue du quartier Santiago d’Hendaye.
Sans doute, en partie, Crucita est elle-même responsable de l’obscurité qui l’enveloppe pour « ne pas exposer ses parents à l’opprobre devant sa vie dans le péché ».
Au printemps dernier, un collectif rochefortais organisait une série de manifestations baptisée « Bienvenue Crucita » pour lever le voile pudique sur l’histoire basquaise de Loti qui se cachait derrière les volets de la rue Pasteur ! Cette manifestation culturelle avait de nombreux détracteurs, jusque dans les rangs du Conseil Municipal : être femme de…, est-ce suffisant pour être honorée ? (3)
Crucita quitta Rochefort en 1932 pour Biarritz où elle décèdera en 1949.
Par l’échauguette, on attend avec gourmandise les prochaines délibérations de la commission de toponymie qui propose des noms pour les nouvelles rues de Rochefort.
(1) Lire l’article de Roger Tessier « la famille basque de Pierre Loti de 1894 à 1926 », Roccafotis n° 75 du 16/09/1995
(2) Lettre d’Étienne Durruty à Pierre Loti le 20/12/1893
(3) Sud Ouest du 11/04/2025
Que deviennent les canons de la Vacherie?
Une trentaine de vieux fuĢts de canons sauveĢs du pillage eĢtaient stockeĢs depuis un temps indeĢtermineĢ dans un terrain vague au lieu-dit « la Vacherie » entre le quartier LibeĢration et le port de commerce. La parcelle concerneĢe sera prochainement utiliseĢe pour la modernisation et l’extension de la deĢchetterie.
Ces canons qui gisaient sur les bords de Charente apreĢs la fermeture de l’Arsenal en 1927, ont eĢteĢ rassembleĢs dans cet enclos. Certains, sept ou huit, ont eĢteĢ utiliseĢs dans le reĢcent ameĢnagement du Quai aux Vivres sur le port de plaisance.
D’apreĢs un inventaire effectueĢ il y a une dizaine d’anneĢes par l’ARCEF (une association pour la Sauvegarde du Patrimoine en Pays Rochefortais), ces canons en fonte de fer, souvent rebuteĢs pour des raisons diverses, peuvent eĢtre dateĢs du XVIIIe sieĢcle ou tout deĢbut du XIXe. MeĢme s’ils n’ont pas eĢteĢ fabriqueĢs aĢ Rochefort, ils font partie du patrimoine maritime local. Ils meĢritent d’eĢtre conserveĢs dans un lieu seĢcuriseĢ, pour eĢtre un jour eĢtudieĢs et valoriseĢs.
Lire Roccafortis n° 68, en 2021, "La cordelle aĢ Rochefort, des origines aĢ 1843 » par Philippe Duprat
Tirage speĢcial de la SGR : « Les Fonderies de Rochefort » (Duprat, Deludin, Maurel) qui retrace son histoire. Le site industriel aujourd’hui reĢhabiliteĢ accueille, notamment, le sieĢge national de la Ligue pour la Protection des Oiseaux
Cherchez le parcours mémoriel du bagne de Rochefort !
Sur le chemin qui longe la Charente, de la porte du Soleil au pont transbordeur, on aperçoit le magasin général, un bâtiment en U construit fin XVIIe siècle, qui faisait partie des premières constructions de l’Arsenal. La belle façade tournée vers le fleuve a disparu et a laissé la place à une vaste cour aménagée en espace vert. Depuis le début du mois de novembre, c’est dans cette cour que des panneaux descriptifs en français et en anglais peu visibles avec photos et plans ont été disposés pour rappeler l’existence du bagne qui se trouvait précisément derrière.
La Société de Géographie de Rochefort se réjouit de la mise en place de ce parcours mémoriel qui rappelle une page d’histoire de notre cité souvent négligée. En effet, nous avons été sollicités par le service du patrimoine de Rochefort pour participer à la rédaction des contenus :
« Le bagne de Rochefort était réputé terrible. Sa « légende noire » a été construite au XIXe siècle ….Implanté à Rochefort en 1766 après Toulon et Brest, le bagne charentais ferma le premier en 1852. Sa chiourme a toujours compté trois fois moins de forçats que les deux autres (entre 1000 et 2000) … Il n’en subsiste plus aucune trace dans l’ancien arsenal, alors que ses bâtiments étaient encore bien repérables après la Seconde Guerre mondiale. »
Nous regrettons cependant que le promeneur ne soit pas attiré vers le site par une signalétique accessible depuis le chemin piétonnier, au risque de passer à côté d’un chapitre majeur de la vie de notre cité.
Rappel : La brochure « Le bagne de Rochefort, de 1766 à 1852 » que nous avons éditée en septembre 2019, est toujours en vente au prix de 15€.
Nous avons constaté que nos pages sont fréquemment consultées par des visiteurs lointains et nous les remercions. C’est en particulier à leur attention que nous ouvrons une nouvelle fenêtre sur la page d’accueil de notre site.